dimanche, 03 juin 2007

Fromentin

Pendant longtemps, Dominique de Fromentin a traîné dans ma bibliothèque, estampillé "petit roman du XIXème", qu'à l'instar de l'Obermann de Senancour ou du Monsieur de Phocas de Jean Lorrain, il fallait bien que je lise un jour.

Je finis par ouvrir ces livres qui dorment sur les étagères lorsqu'un avis suffisamment enthousiaste lu ou entendu m'y décide, c'est ainsi que j'ai dévoré La Foire aux Vanités de Thackeray, qui attendait son heure depuis des années, sur les conseils enthousiastes d'une amie, ou que finalement j'ai commencé un jour ou l'autre la plupart des livres qui ont compté pour moi. Mais pour Dominique, rien, le pur hasard. Et dès les premières pages - ce ton désabusé mais bienveillant, j'ai su que ce livre méritait mieux que son sujet, qui le portait à tomber dans les tartes à la crème du romantisme plaintif que je déteste, jugez en par vous même : un jeune homme rêveur vit une passion impossible avec une femme mariée, on pouvait s'attendre vraiment au pire. Et le pire est évité tout le temps, grâce à un je ne sais quoi, un détachement, une forme de lucidité supérieure, une élégance, qui tiennent à la structure de l'histoire : leurs amours malheureuses ne mèneront nos héros ni au drame, ni à la mort, mais au contraire Dominique finira par mener une vie sereine dans ses terres, au milieu de cette nature qu'il aime tant. Cette sérénité qui est celle de l'âge adulte, où l'on connaît le prix de ce que l'on a pu perdre plus jeune, prix à payer pour notre bonheur actuel teinte de mélancolie, et d'une lumière feutrée les premières et dernières pages du livres, qui sont magnifiques. Et la beauté de ce texte vient de cent détails : ces scènes de campagnes mélancoliques sans être tristes- qui font penser à Ruysdael, le caractère soudain d'une séparation pourtant provoquée cent fois, le regard que le héros porte sur la femme qu'il aime lorsqu'elle dort, l'importance de l'oubli et du souvenir. 

vendredi, 25 mai 2007

La carte des librairies de Paris

Voilà. Il suffit de s'enregistrer sur le site pour compléter cette carte, ajouter de nouvelles librairies, ou commenter les librairies existantes.

lundi, 14 mai 2007

Jean Reverzy

Lorsque je vais à Lyon en vrai, je m'y ennuie car c'est la province, et puis la ville ne s'ouvre pas facilements aux étrangers. Mais dans les livres Lyon est une ville un peu magique et malfaisante, pleine de brouillards et de pavés glissants. C'est bien sûr la ville des Deux Etendards, mais aussi celle du Passage, le chef d'oeuvre de Jean Reverzy (cela ne me coûte d'autant mois d'affirmer ceci, que je n'ai encore rien lu d'autre de lui). Un homme vient passer son agonie à Lyon, dans la ville de sa jeunesse, après une longue errance dans les mers du Sud. Il revient de Polynésie avec une femme qui l'a suivi de là bas et qui ne l'aime plus. Quand j'étais plus jeune je voulais écrire une histoire dans le même genre, mais mon héros venait de Los Angeles, et venait mourir à Paris, puis j'y ai renoncé, ne connaissant rien aux agonies ni même à l'âge mûr (à l'époque je n'avais que 24 ans ). Jean Reverzy, devait s'y connaître en agonies, plus que moi en tous cas, il était médecin et était comme son héros parti dans les mers du Sud y chercher je ne sais quoi. Au retour, il a écrit le Passage, il savait à l'époque que sa vie serait brève, et que la gloire éphémère de son premier livre ne durerait pas. Son nom continue à circuler et de temps en temps des lecteurs égarés tombent dans cette lumière crue. Faut-il les envier ou les plaindre?

mercredi, 09 mai 2007

La bibliothèque idéale - la vraie

medium_bib_ideale.jpgJ'aime beaucoup ce livre. Le concept peut paraître artificiel, mais l'entreprise est - il faut l'avouer une réussite. C'est une mine d'or, pour redécouvrir des classiques, ou partir à la découverte d'auteurs inconnus. Bien sûr il y a des faiblesses, des manques, des classements indûs. Cela fait partie du jeu ! Mais pour les amateurs comme moi, de listes, c'est un trésor inépuisable. J'ai vérifié Jean Paulhan et Marcel Béalu y sont, ce qui ne peut qu'attirer ma sympathie.

Plus récemment, on a pu trouver dans les librairies les 1001 livres qu'il faut avoir lu dans sa vie. Forcément il y a moins de livres évoqués que dans le précédent, et plus de manques criant. Je n'aime pas trop la mise en page, ni la sélection des dix dernières années, où le nombre de navet est à peine croyable. En plus le livre est lourd et peu maniable. Ou alors j'étais vexée de n'arriver qu'au maigre chiffre de 189 livres lus sur lesdit 1001? (où la littérature française - que je connais bien mieux - est moins bien représentée).

dimanche, 06 mai 2007

Lectures récentes

Chers lecteurs,

Je me rends bien compte que je vous ai oublié depuis bien longtemps. Pour me faire pardonner, une petite sélection tirée de mes lectures (ou relectures) récentes :

Philippe Pinel : l'Aliénation mentale ou la manie, éditions l'Harmattan.Philippe Pinel était psychiatre,à l'époque on disait aliéniste sous la Terreur. C'est un des premiers à avoir considéré la maladie mentale sous un angle scientifique, et à proposer un traitement plus humain des malades. Indépendamment du sujet qui est passionnant c'est superbement écrit.

Europeana, une brève histoire du XXème siècle de Patrick Ourednik, L'agrume, Valérie Mrejen : deux textes des excellentes éditions Allia qui ont fait parler d'eux en leur temps, mais qui ne déméritent pas.

Fun Home, Alison Bechdel : une bande dessinée magnifique sur l'enfance et sur Proust.

Aden Arabie de Paul Nizan : comme pour les Iles de Jean Grenier, on ne sait ce qui est le <plus beau, la préface, ou le texte qui suit.

N'importe quoi de Slavoj Zizek, mais plutôt en anglais, car c'est relativement mal traduit : j'aime beaucoup les essais de Zizek qui me font l'effet d'un menu Big Mac : vite avalés, amusants et on a envie d'en lire un autre sitôt fini. Je conseille notamment "The puppet and the Dwarf" ou bien "The plague of fantasies".

Bon et puis les Illusions Perdues de Balzac, parce que ça se mange sans fin et que c'est sans doute l'un des meilleurs Balzac.